Mes expressions préférées en anglais et en français (et pourquoi j’aime leur musicalité)
- James Batchelor

- il y a 5 jours
- 6 min de lecture
Certaines expressions restent avec vous. Pas parce qu’elles sont efficaces ou polies, mais parce qu’elles sonnent bien, tombent juste, et transportent toute une attitude en elles. En tant que professeur, j’ai toujours aimé ces moments où un apprenant entend une expression pour la première fois et se demande : Mais pourquoi quelqu’un dirait ça ? Et puis, un peu plus tard : Ah… d’accord.
Voici une liste personnelle de quelques-unes de mes expressions préférées en anglais et en français. Beaucoup sont familières, régionales ou légèrement vieillies. Aucune ne représente une langue « parfaite ». C’est précisément pour cela qu’elles sont intéressantes.
Avant d’entrer dans la liste, une idée qui aide souvent les apprenants à se détendre.
Accent, dialecte, langue : une petite mise au point
Un accent, c’est une question de son : la façon dont on prononce les voyelles, où l’on place l’accent tonique, le rythme et la mélodie de la parole. Tout le monde en a un. Ce que l’on appelle souvent « neutre » correspond généralement à ce à quoi on est habitué.
Un dialecte va plus loin. Il inclut l’accent, mais aussi la grammaire, le vocabulaire et les expressions. Quand quelqu’un dit ain’t, y’all ou fixing to, il ne « massacre » pas l’anglais. Il utilise un dialecte qui obéit à sa propre logique interne.
Une langue est souvent une étiquette politique ou culturelle plus qu’une réalité scientifique. Dans la vie quotidienne, ce qui compte, c’est que les gens se comprennent et partagent du sens.
La langue est une expérience humaine naturelle : d’abord des sons, ensuite du sens. Différents groupes attribuent du sens aux sons de manières différentes. Ce n’est pas quelque chose à corriger — c’est quelque chose à écouter.
Avec cela en tête, voici mes expressions préférées.
🇺🇸 Mes expressions anglaises préférées (sud des États-Unis, registre familier)
Haven’t seen you in a month of Sundays
« I haven’t seen you in a month of Sundays » est une expression qui exagère immédiatement le temps de façon chaleureuse, presque affectueuse. Personne ne compte réellement les dimanches. Cela veut simplement dire ça fait longtemps, dit avec le sourire. Elle apparaît souvent dès le début d’une conversation et adoucit l’idée de l’absence plutôt que de l’accentuer.
Contextes d’utilisation
Retrouvailles amicales
Anglais oral et informel
Exprimer le plaisir de revoir quelqu’un
Exemples
« Well, I haven’t seen you in a month of Sundays! »
« It’s been a month of Sundays since we last talked. »

Haven’t seen you since you were knee-high to a grasshopper
« I haven’t seen you since you were knee-high to a grasshopper » est une expression ludique, rurale et très visuelle. Les apprenants ne savent pas toujours à quoi ressemble une sauterelle, mais ils comprennent immédiatement l’idée : tu étais tout petit. C’est plus nostalgique que précis et cela place le locuteur dans une posture de conteur.
Contextes d’utilisation
Parler à quelqu’un qu’on a connu enfant
Registres plus âgés ou ruraux
Humour léger et affectueux
Exemples
« I haven’t seen you since you were knee-high to a grasshopper. »
« Last time I saw her, she was knee-high to a grasshopper. »
At the crack of dawn
« At the crack of dawn », c’est du pur son et de la pure image. On a presque l’impression d’entendre quelque chose se fendre. Les apprenants aiment souvent cette expression parce qu’elle est physique, immédiate. Inutile de définir une heure précise : cela veut simplement dire très tôt.
Contextes d’utilisation
Parler d’horaires
Se plaindre des réveils matinaux
Exemples
« We had to leave at the crack of dawn. »
« He’s up at the crack of dawn every day. »
You can do that till the cows come home
« You can do that till the cows come home » est une expression très souple. Parfois elle évoque la patience, parfois l’inutilité, parfois une ironie tranquille. L’image suffit : le temps qui passe lentement, presque obstinément.
Contextes d’utilisation
Donner des conseils
Exprimer un doute sur le résultat
Exemples
« You can argue till the cows come home — it won’t change her mind. »
« Practice till the cows come home if it makes you feel better. »
Madder than a wet hen
Quelqu’un qui est « madder than a wet hen » n’est pas simplement en colère — il est spectaculairement en colère. L’exagération est telle qu’elle devient presque comique, ce qui rend l’expression plus légère qu’une description directe de la colère.
Contextes d’utilisation
Récits
Décrire des accès de colère
Exemples
« She was madder than a wet hen when she found out. »
« He came storming in, madder than a wet hen. »
Running around like a chicken with its head cut off
Cette expression décrit parfaitement le chaos. L’image est absurde mais immédiatement compréhensible, ce qui explique pourquoi les apprenants la retiennent si bien. Elle est rarement moralisatrice : plus descriptive que critique.
Contextes d’utilisation
Stress au travail
Situations désorganisées
Exemples
« Everyone’s running around like a chicken with its head cut off. »
« I was running around like a chicken with its head cut off all morning. »
Not the sharpest tool in the shed
« Not the sharpest tool in the shed » est un jugement adouci. La métaphore permet de critiquer un comportement sans paraître ouvertement cruel — du moins en théorie.
Contextes d’utilisation
Critique indirecte
Évaluer des décisions plutôt que des personnes
Exemples
« He’s nice, but he’s not the sharpest tool in the shed. »
« That wasn’t exactly the sharpest tool in the shed moment. »
When pigs fly
« When pigs fly » exprime l’impossibilité de manière ludique. Elle invite à l’humour plutôt qu’à la confrontation et met fin aux attentes irréalistes avec douceur.
Contextes d’utilisation
Refus sur le ton de la plaisanterie
Exprimer l’incrédulité
Exemples
« Sure, I’ll do that — when pigs fly. »
« He’ll admit he was wrong when pigs fly. »
You can put kittens in the oven but that don’t make them biscuits
C’est l’une de mes expressions préférées ! Elle est choquante, mémorable et étrangement logique. On peut changer l’apparence, le contexte ou les étiquettes — l’identité reste ce qu’elle est. Une sagesse populaire transmise par l’absurde.
Contextes d’utilisation
Parler d’identité ou d’authenticité
Raisonnement moral dans un registre informel
Exemples
« You can put kittens in the oven, but that don’t make them biscuits. »
« Call it what you want — kittens in the oven don’t make biscuits. »
Ain’t
Peu de mots provoquent autant d’angoisse que ain’t. Pourtant, il existe depuis des siècles et obéit à des règles grammaticales claires. Il signale une identité, pas une ignorance, et remplit une vraie fonction communicative.
Contextes d’utilisation
Langue familière
Forte identité régionale ou sociale
Exemples
« I ain’t ready yet. »
« She ain’t coming tonight. »
Y’all
Y’all résout un vrai problème en anglais : le « you » pluriel. C’est efficace, inclusif et souvent plus chaleureux que l’alternative standard.
Contextes d’utilisation
S’adresser à un groupe
Ton amical ou informel
Exemples
« Are y’all ready? »
« I’ll see y’all tomorrow. »
Fixing to do something
Fixing to exprime une intention immédiate. L’expression se situe entre le projet et l’action et comble un manque que beaucoup d’apprenants ressentent en anglais.
Contextes d’utilisation
Actions dans un futur proche
Anglais oral informel
Exemples
« I’m fixing to leave. »
« She’s fixing to call him. »
Bless your heart
« Bless your heart » peut sembler gentil — et parfois ça l’est. Mais dit avec le bon ton, cela devient délicieusement condescendant. Un rappel que le sens se joue dans la façon de dire, pas seulement dans les mots.
Contextes d’utilisation
Critique polie
Sarcasme socialement acceptable
Exemples
« Well, bless your heart… »
« He really tried, bless his heart. »
🇫🇷 Mes expressions françaises préférées
Quand les poules auront des dents fonctionne exactement comme when pigs fly, avec le même humour et le même refus en douceur.
Ça arrive est l’une de mes préférées. Elle enlève la responsabilité à l’individu et remet la situation entre les mains de la vie, du destin ou de Dieu, selon la manière dont on l’entend. Elle apaise.
C’est la vie a tellement voyagé que des non-francophones l’emploient en français. À lui seul, ce fait dit beaucoup sur la façon dont les attitudes circulent entre les langues.
Petit à petit, l’oiseau fait son nid nous rappelle que le progrès est lent et cumulatif. Pas d’urgence. Pas de drame.
On n’y voit que dalle donne à la frustration une voix directe et familière.
Partir dans tous les sens décrit parfaitement le chaos mental ou situationnel.
Se donner à fond valorise l’effort plutôt que la perfection.
Et poser un lapin nomme une expérience sociale que l’on comprend immédiatement… une fois qu’on l’a vécue.
Une dernière réflexion
Ces expressions ne sont pas utiles parce qu’elles sont « correctes ». Elles sont utiles parce qu’elles sont vivantes. Elles invitent les apprenants à écouter, à remarquer, et à accepter que la fluidité, c’est la participation — pas la pureté.
Collectionnez les expressions. Écoutez comment les gens parlent vraiment. C’est là que la langue vit.



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